Guillaume Hannezo, Hakim El Karoui, Thierry Pech, Marine Le Pen présidente ; dystopie politique 2026-2029#

Éditions Les petits matins, 2025. Notice parue initialement dans La lettre du CEERE, n° 185.

Dystopie; Recension

Voici un essai de politique-fiction (« sérieuse ») qui imagine les mesures que pourrait prendre un gouvernement RN au cas où Marine Le Pen accèderait au pouvoir en 2026, après la démission d’Emmanuel Macron. Les auteurs sont un ancien conseiller de François Mitterrand (Guillaume Hannezo), un essayiste et chroniqueur du journal libéral L’Opinion (Hakim El Karoui) et le directeur du laboratoire d’idées Terra Nova (Thierry Pech). À quoi ressemblerait la France si une partie du programme au moins était appliquée ? Le scénario proposé est documenté, s’appuyant notamment sur des déclarations publiques passées de ceux qui deviennent les acteurs politiques en charge de prendre des décisions.

La dette et les déficits n’ont bien entendu pas disparu, et certaines mesures annoncées sont d’emblée écartées : ainsi l’audiovisuel public n’est pas privatisé, faute d’acheteurs. Toutefois, la ligne générale de la préférence nationale (en matière d’emploi, logement, allocations, défense des droits) et de l’immigration-zéro oriente des décisions d’importance. Un référendum doit modifier la Constitution [1]. L’aide médicale d’État est supprimée, ce qui impose un tri aux urgences. Le port du voile dans l’espace public est interdit. Les policiers bénéficient de la présomption de légitime défense. L’Éducation nationale est devenue le ministère de l’Instruction et de la Régénération morale, etc.

On laissera le lecteur découvrir les obstacles qui freinent les ambitions idéologiques de l’extrême droite, et qui débouchent, après les trois premières années, sur un dilemme d’envergure pour la présidente. C’est loin d’être suffisant pour nous rassurer. Il demeure une question sur l’efficacité politique de la dystopie. On le saura bientôt, mais une chose est sûre : on serait bien avisé de lire le programme du RN.

Jean-Christophe Weber (ses notices)

Comité éditorial : Suzel Meyer, Anthony Mangeon